Feria d'Istres(1)
FÉRIA D’ISTRES
L’aficion connaissait la ville d’Istres pour ses novilladas et ses cartels de toreros débutants ou en fin de carrière. Cette page est tournée. Vendredi, elle présentait des Miuras pour marquer sa volonté d’attirer l’aficion “torista” et samedi des figuras pour l’aficion “torerista”. Paris taurin et commercial osés et réussis, à peine quelques vides le vendredi et le plein le samedi. Les spectacles fournis étaient proches de ceux d’une grande plaza. Pourvu que ça dure et que l’empresa de cette ville de 42 000 habitants puisse trouver le financement nécessaire pour payer à la fois des toros de qualité et des figuras en tête de l’escalafon.

Miura
Mais venons-en aux spectacles. Celui de vendredi à visée “torista” présentait le célèbre élevage Miura. Le monde de l’aficion sait que la qualité d’un lot de toros varie selon son prix. Le public averti savait donc que les Miuras d’Istres ne seraient pas ceux de Madrid. Des Miuras réputés pour leur dangerosité, il y en eut deux, le deuxième et le troisième, les autres ,impressionnants par leur taille et leur poids furent plus faciles à toréer mais non sans danger. Les hommes ne déméritèrent pas et si Savalli et Padilla s’en sortirent mieux que Ramos, ce dernier nous a laissé une très bonne impression par sa sincérité, visible dans ses poses de banderilles face aux cornes, et par des passes de grande qualité sur ses deux cornus. Il tua mal les deux fois et laissa échapper les oreilles.
Alors que son travail sur son premier bicho se conclue par un silence, la générosité de Padilla, le sens du spectacle que nous lui connaissons ajoutés à un coup d’épée magistral valent une oreille au mæstro et une vuelta complaisante à son deuxième toro.
Savalli démuni face à son premier se rattrapa avec engagement et sincérité sur son second qui lui laissa ses deux oreilles. C’est un peu l’enfant du pays.
Temps lourd et orageux, quelques gouttes pour faire lever un fort mistral mâtiné de tramontane
Samedi” torerista”, à l’affiche : Espla, Conde, Castella.
Ciel bleu, vent fort et pluie d'oreilles annoncée

Torrehandilla
Les Torrehandilla, apparaissent plus gros que leur poids ne le laissait prévoir, ils ne seront que légèrement piqués et leur comportement dans le combat rappelait celui des Pedro Domecq, des toros faciles donc qui permirent aux toreros une facile promenade dans l’esthétique taurin. À ce jeu, Castella triompha avec 4 oreilles, Espla fut remercié par 3 oreilles et Condé en arracha une au public. Ce fut, pour nous, la meilleure de l’après-midi. Le ganadero et son mayoral sortirent à hombros avec Castella, Espla refusa, il ne manquait plus qu’un représentant des spectateurs.
Papé Espla assura avec sa science, son expérience et plus d’engagement qu’à Vic, les toros le permettaient. Il fut largement récompensé : une puis deux oreilles. Mais ne chipotons pas.
Castella nous fit admirer son calme et sa maîtrise, son toréo à la limite de la froideur a beaucoup d’adeptes chez les spectateurs, il n’a pas complètement le nôtre.
Conde passa à côté de son premier mais fut époustouflant à son deuxième, obligeant Castella à sortir tout son jeu sur le dernier. Du grand Conde, une fæna construite comme un mandala sur le ruedo. Élégant jusque dans les moindres détails, habit gris et argent, gominé, cette” danseuse ridicule”allait nous sortir le grand jeu du torero artiste et sincère, main basse, rotation de la hanche, lenteur des mouvements jusqu’à la soumission complète de la bête. Le public en oublia son hostilité première. Un pinchazo, une entière, un descabello et une oreille seulement mais quelle oreille.
Que retenir de ces deux jours ? La sincérité de Ramos, l'esthétique forcenée du Conde à son deuxième toro, les toros du vendredi, même si les Miuras n'étaient pas du meilleur sang.
Les toros sont l'essentiel de la corrida, voilà pourquoi nous courons toujours à Vic-Fézensac. La facilité des corridas avec des toros bonbons finit par lasser. Comme le dit un célèbre campéador : "À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire". Un rêve : voir les premières figuras de l'escalafon à Vic.
Nous attendons avec impatience le compte-rendu de la corrida d' Escolar Gil dimanche à Istres et celui de la corrida des fêtes d'Aire sur l'Adour, ville taurine qui a fait elle aussi le choix d'investir à la fois dans les toros et les hommes.
Le reportage photo c'est pour demain.