Le dernier sport branché
Après chaque coupe du monde, après chaque médaille d’or olympique, nous assistons à une embellie des licences du sport mis en scène. Cette année, les Français sont devenus rugbymen. Mais en général, l’année suivante, le flot des licencies retrouve son débit normal et quelques années après c’est à nouveau l’étiage. Nous l’avons vécu dans le tir à l’arc après la médaille d’or de Sébastien Flûte aux Jeux de Barcelone. C’est vrai que notre sport n’est pas spectaculaire et qu’il n’intéresse pas les sponsors. On pourrait dire pareil de l’escrime qui rapporte à notre nation un lot impressionnant de médailles mais qui reste toujours confidentiel. Il n’en ira peut-être pas de même pour le rugby. Il est plus “médiaticable”. Déjà implanté dans le sud-ouest, arrivera-t-il à s’implanter sur l’ensemble du territoire ?
L’expérience du Stade Français à Paris avec ces “éphèbes roses” pourrait donner des idées.aux autres grandes villes. D’ailleurs on sent un frémissement rugby. Marseille, ville du foot, essaie de relancer le ballon ovale sans trop de succès pour l’instant mais il ne doit pas y avoii assez de gentlemen au pied de Notre-Dame de la Garde. Le pays d’Aix s’est doté d’une “vraie”équipe le PARC qui végète en division inférieure. Le nerf du rugby, comme celui du foot c’est le fric. Sur ce point, tout le monde sera d’accord.
Mais la campagne lancée pour remplir les gradins des stades de rugby me gêne. Elle semble dire :“ Vous n’aimez pas le foot, vous adorerez le rugby” en tout cas c’est comme ça qu’elle est comprise par beaucoup de mes amis et connaissances. À moins de faire un complexe, ce sport collectif a-t-il besoin de cette tactique pour s’étendre sur tout le territoire et remplir les stades de France tous les dimanches ? N’a-til pas confiance en la beauté du spectacle sportif fourni ? Le rugby et le foot sont des spectacles sportifs aussi beaux l’un que l’autre quand ils sont bien joués. Quand les attaques se déploient, que les ballons récupérés proprement circulent et que les gestes défensifs sont impeccables. J’apprécie les deux. .Mais il est de bon ton qu'on les oppose en laissant croire que l’un est sale, vulgaire, gangréné et l’autre propre noble et sain. Parle-t-on du jeu ou de la gangue commerciale qui entoure le sport professionnel ? On découvrira bientôt que les beaux bébés sont chargés comme des mules et que le fric au rugby a les mêmes effets qu’au foot. Il a déjà commencé. Je n'aime pas les idées reçues.
C’est facile d’opposer les publics, il y en a un intelligent gentil cultivé et un imbécile méchant etignare, mais c’est superficiel et malsain. Ce n’est pas le sport qui est en cause mais sa gestion marchande. Lorsque le rugby, hors de son sud-ouest natal attirera tous les dimanches sur l'ensemble du territoire autant de monde que le foot, que se créeront des clubs de supporters, que les salaires des joueurs atteindront des sommes mirobolantes, nous en reparlerons. Combien de matchs de foot ont lieu tous les dimanches sans incidents ? On ne peut se servir des incidents graves pour dénigrer le jeu football. J’ose même ajouter que c'est parce qu'on n'aime pas à priori le jeu foot qu'on est satisfait des incidents, ça renforce les préjugés. Des préjugés contre “le sport de voyous joué par des gentlemen”, on pourrait en avoir sur le jeu même, quand on voit la tête des joueurs sortir du match France-Nouvelle Zélande, quand on voit le ridicule “moulon” sauvage que je pratiquais à 10 ans ici pratiqué par des gros costauds qui parfois ont dépassé la trentaine (le “tenu” du XIII est plus esthétique et bientôt si on ne veut pas d'accidents graves sur la pelouse, les rugbymen devront se caparaçonner comme les joueurs de football américain dont l'âge moyen des décès est 45 ans), quand on écoute les commentaires qui répètent à l’envi que le rugby est un combat, qui utilisent le vocabulaire guerrier pour vanter les mérites des équipes (ce qui ne choque personne et même fait plaisir à tous), qui s'extasiernt sur les “tampons” et les “caramels”. On finira par les avoir dans les tribunes quand les avoir par procuration ne suffira plus. On pourra dire alors que le rugby est devenu aussi populaire que le foot et comme lui victime de son succès et de la bêtise. Une poignée d’énergumènes ne doit pas être le prétexte au dénigrement du beau jeu sur la pelouse. Rugby et foot même combat : lutter contre la connerie.
Publicité
Partager cet article
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article