Un homme sans qualités
Je suis vraiment sans qualités. Quand je travaille, je suis un fainéant qui coûte cher. Quand je suis en grève, je suis un privilégié. Maintenant que je m’apprête à voter, je suis un boulet (Michaud), un archaïque (Joffrin), un gangréné (Julliard). Quand on veut tuer un électeur on dit qu’il est ringard, bête ou pourri.
C’est vrai, ringard je dois l’être, vu que mes références fortes sont encore celles de la Commune, de1936, du programme de la résistance et de mai 68, j’en cherche de plus récentes mais je n’en trouve pas. Éclairez-moi, en existe-t-il d’aussi fortes depuis 1981 ? Assurément pas si j’en crois le récent appel aux mânes de Jaurès et Blum par qui vous savez. Il faut avouer qu’ils ont une autre gueule que Blair.
Bête je dois l’être aussi, mes candidats de cœur et de raison n’ont jamais été élus et quand par deux fois j’ai élu mon président, ce furent deux erreurs. L’erreur Chirac, je n’en parlerai pas je l’ai faite par défaut, celui qui tâte le cul des vaches n’est pas des miens mais Yoyo était tellement nul. C’est de l’autre erreur, dont je veux parler, celle qui me fait encore mal, l’élection de celui que j’ai cru presque mien en 1981. Vous savez, le florentin, l’ami de Bousquet (le salaud pire que Papon), celui qui a pratiqué une politique presque aussi exécrable que sa personne. Sa politique, le monde du travail en paie encore le prix. Avec Mauroy en 83, le découplage du SMIC de la grille des salaires, le plus beau cadeau fait au capital entraînera le tassement des revenus du travail. Avec Rocard la découverte de “la réalité économique” allait mettre la gauche dans la “modernité”, les travailleurs dans la précarité....et lui faire perdre les élections législatives. Si la “gauche moderne” n’est pas la droite, elle en est bien proche. Les socialistes avaient oublié que la France est le pays des fromages qui puent et qu’il y a encore des français qui aiment la politique qui sent. Oui, il y a un clivage droite-gauche. Il faudra ma lutte archaïque pour revoir le PS au pouvoir avec Lionel. Décidément je suis définitivement bête. La politique insipide et la campagne électorale calamiteuse de Jospin “désespérant Billancourt”, les enseignants et le “peuple de gauche” allaient définitivement enterrer mes espoirs et entraîner le “séisme” du 21 avril. Aujourd’hui n’est pas un jour nouveau, l’effet Kiss Cool passé, la Jeanne d’Arc socialiste nous ressert du Cheddar* politique, des jellies à la Blair. Les journalistes et intellectuels, “embedded” dans sa campagne, n’ont tiré aucune leçon de leurs erreurs passées depuis le plan Juppé, les grèves pour les retraites, le 21 avril et le référendum sur la constitution européenne et nous la refont gauche réaliste molle. Ces petits roquets de garde du capital sur le fond préfèrent Sarko aux cocos, c’est leur droit, nous avons le nôtre.
J’attends avec impatience le soir des élections, je vais encore morfler mais voir leurs têtes et leurs contorsions à la télé, je sens que je vais adorer. Je suis vraiment gangréné.
* fromage inodore et insipide
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