Carnets de voyage d'un Celto-ligure (suite)

À la tombée de la nuit, l'âme celte s'exprime dans les festou-noz (fêtes de nuit) par des danses rituelles qui assurent la permanence culturelle et la cohésion du groupe. En mêlant, vieux, jeunes, hommes et femmes sur la place du plou (village) ou dans des espaces clos de murs mais ouverts sur le ciel d'été étoilé mais parfois peu clément, ce qui les oblige à dresser des tentes pour abriter participants et musiciens.

Deux instruments étonnants par la puissance de leur son aigrelet, ar biniou-coz et ar bombard qui ont disparu depuis longtemps de nos rivages méditerranéens, provoquent chez les celtes une transe toute en retenue, nous sommes loin des bacchanales romaines effrénées. Les danseurs du Septentrion océanique se placent en cercle, se serrent les coudes en se tenant par la main et piétinent tout en se déplaçant lentement sur le côté. Un autochtone m'a assuré que cette danse servait, il n'y a pas si longtemps, à tasser la terre du sol de leurs ker ou penty (sorte de case). Je l'ai cru volontiers.

Parmi ces danses qui se pratiquent souvent avec ce même schéma chorégraphique, j'en ai retenu une qui m'a paru très distinguée, loin comme je le disais de nos bacchanales désordonnées. Elle se pratique en se tenant par les auriculaires, ce qui permet à tous les participants de lever les avant-bras et d'exécuter les mouvements dans un bel ensemble.
Mais le plus curieux est qu'il suffit à l'Armoricain d'entendre, un simple chant a capella,le kan a diskan une sorte de question-réponse, pour le soulever et le faire danser. Il faut dire que ce chant est très scandé et qu'il peut prendre aux tripes même un fils de notre Mare Nostrum. Parmi les plus célèbres bardes actuels qui ont remplacé les sœurs Le Goadec, les Frères Morvan, Louise Ébrel et le jeune Denez Prigent déplacent une foule d'amateurs de danse an dro ou anter dro, scottish et autres danses curieuses pour celui qui ne connaît que la sempiternelle farandole au son du tambourin lancinant et du vrillant galoubet.

Pendant ces festou-noz, ils ne consomment pas comme nous vins et célèbres boissons anisées très prisées de nos festayres mais force boissons pétillantes qu'ils nomment sitr, ainsi que des bières dorées, ambrées comme leurs filles ou carrément brunes comme les nôtres et comme chez nous, l'eau est apparemment proscrite pendant les fêtes. Cependant, l'excès de boisson ne les rend pas agressifs, ils sont charmants et acceptent facilement que des voyageurs étrangers se mêlent à leur sarabande sautillante mais toujours sérieuse.

La nourriture la plus commune de ces fêtes est la krampouz, grande et fine galette de farine enduite de force beurre salé, vient ensuite le far, sorte de flan et enfin le kig a farz (sorte de pot-au-feu). Ces mets rustiques font flotter une douce odeur sucrée sur le lieu des agapes nocturnes. Ici, on n'empeste pas l'odeur des grillades. Mais ce qui vaut pour l'Arcoat, ne vaut plus pour l'Armor. En effet, dans les festou-noz de la côte de Bretagne, il faut ajouter coquillages, poissons, crustacés et moul'frit', il règne alors une odeur de marée près des poubelles.
Cependant j'ai remarqué lors de mes déplacements que la civilisation méditerranéenne a atteint ces froides et humides contrées, on peut y trouver kebabs et pizzas et boire nos célèbres boissons anisées. La jeunesse du lieu trouve la civilisation exotique. Ils ne sont pas fous ces bretons.
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