Un peu d'Histoire bretonne

En patientant dans la salle d’attente de mon toubib, je tombe sur un vieil article du Nouvel Obs traitant du dernier livre de Mona Ozouf : “Composition française”. Dans cet article, la célèbre historienne rappelle son enfance bretonne et ses parents. Je me suis souvenu que j’avais lu, il y a quelques années “L’hermine et la croix gammée”. de Georges Cadiou. Ce que je ne savais pas alors, c’est que l'instituteur breton Jean Sohier dit “Yann ar skoaler” (Jean le maître d’école) était le père de la célèbre historienne. Je me suis donc rafraîchi la mémoire.
Fondateur en 1933 de Ar Falz ( la Faucille), journal nationaliste breton de gauche comme l’indique son sigle : une faucille dans un entrelac celtique, Sohier, proche de Marcel Cachin, manifestait de l’intérêt pour la politique supposée de l ‘URSS en faveur de ses minorités.
Mais pendant cette période idéologique trouble de l’entre-deux guerres qui voit les leaders du PCF défendre les autonomistes alsaciens et bretons, Sohier, d’abord membre du Parti Autonomiste Breton (PAB) fait partie des 16 membres qui, en 1931, fondent le second Parti National Breton (PNB), celui qui abandonne le fédéralisme pour le nationalisme pur et dur, il collabore alors régulièrement jusqu’à son décès en 1935 au journal Breiz Atao ( Bretagne Toujours) des nationalistes racistes, pan-germanistes et antisémites qui allaient se vautrer dans la collaboration et finir sous l’uniforme nazi. Ce que le journaliste peu curieux omet dans son papier hagiographique.
Pourquoi mon papier ? Parce que j’aime la Bretagne, que j’ai horreur que la confusion règne dans les esprits et que j’avais depuis longtemps envisagé d’écrire sur le mini phénomène qui suit. L’article du Nouvel Obs a réveillé cette envie.
Tout le monde a dû remarquer que le “Gwenn ha Du” (Blanc et Noir), le drapeau breton se porte beaucoup en ce moment et pas simplement pendant les matchs de foot. Observez bien les images de foules à la télé, il y a toujours dans un coin au moins un Breton qui l’agite. Ce Breton croit qu’il agite le drapeau traditionnel de la Bretagne. Il ne sait pas qu’il fut créé en 1923 par Morvan Marchal de Breiz Atao et du PNB et adopté en 1925 en même temps que la swastika. Il servit d’appât aux nationalistes bretons pro-nazis mais ils ne réussirent jamais à entraîner la population bretonne derrière eux, bien au contraire. Il fut justement interdit à la Libération comme symbole de la collaboration. Ironie de l’Histoire : par quel mystère est-il passé en contre-bande “à gauche”et flotte-t-il maintenant sur tous les édifices de l’administration de l’État français ?