On ne nous dit pas tout

Dans la dernière comédie onusienne de Genève, le président iranien a joué la partition attendue, les gouvernements occidentaux aussi et le public a été ravi. Il a hué le méchant et applaudi les gentils.
Si le président iranien n’est pas Armani, les médias nous le répète assez, c’est un fin tailleur politique et il a habillé politiquement les gouvernements occidentaux pour l’hiver aux yeux des peuples du Proche-Orient. Avec la complicité des médias, il a même fait oublier le sujet de la conférence.
Sa sortie habituelle et attendue sur la création de l’état d’Israël scandalise le monde occidental mais Ahmaninejad sait qu’elle exprime parfaitement le point de vue des nations proche-orientales. L’état d’Israël a été imposé contre la volonté des populations arabes en deux étapes : la première avec la création du foyer national juif (Yichouv) grâce aux accords Balfour en 1917, la seconde en 1948 par un vote de l’ONU. C’est à dire chaque fois imposé par les puissances coloniales occidentales vainqueurs des guerres mondiales avec un argument fallacieux mais efficace destiné aux populations européennes traumatisées par la Shoah : “Un peuple sans terre, une terre sans hommes”.
En 1948, les intérêts des états européens : se débarrasser du "problème juif" rejoignaient ceux des organisations sionistes : implanter les juifs en Palestine et ceux des victimes de la Shoah : trouver un refuge sûr. Les Arabes devenant des sous-hommes dont l’avis ne comptait pas. Sauf que les populations et les gouvernements arabes n’ont jamais accepté le fait accompli. On connaît la suite. C’est ce qu'a rappelé le président de la RII.
Et c'est ce qui gêne sur le fond les gouvernements occidentaux. Seuls leurs représentants ont boycotté ou déserté la conférence, sous le prétexte de l’accusation discutable de racisme à l’encontre de l’état d’Israël. Tous les représentants des médias ont assisté ensuite à la conférence de presse réussie du petit barbu mal fagoté. Nos télés n’en ont rien dit.
Officiellement, toutes les puissances occidentales stigmatisent l’Iran, politiquement incorrect, mais officieusement toutes ont entrepris des discussions avec la seule puissance proche-orientale. Comme les Russes et les Chinois, les Américains et les Européens ne peuvent ignorer ce grand pays, ses richesses et le rôle qu’il entend jouer dans une région malmenée parce que “vide de puissance”.
Ce qui ennuie les Occidentaux, qui ont du mal à digérer leur perte d’hégémonie, c’est le retour sur la scène de l’Iran qui ne sera pas leur gendarme comme le fut l’Iran du Shah. Il est loin le temps où on pouvait abattre Mossadegh et le remplacer par un Pahlavi.
Karoutcho