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Il n' y a pas qu'en France

21 Novembre 2008 , Rédigé par Karoutcho

que les enseignants sont en colère. Après l'Italie, c'est au tour du Portugal.

Le gouvernement socialiste portugais fait jeu égal avec le nôtre. Mais depuis la Révolution des œillets, les socialistes portugais nous avaient idéologiquement prévenus. Ils sont les bons élèves du social-libéralisme qui imbibe l' Internationale socialiste.

PORTUGAL •  Les enseignants s'opposent au gouvernement (Courrier International)
A un peu moins d'un an des élections législatives, le Premier ministre José Sócrates fait face à une fronde du milieu enseignant, descendu massivement dans la rue. Sa gestion de la crise est mise en cause.
Manifestation des enseignants à Lisbonne
DR
Plus de 120 000 enseignants ont défilé le 7 novembre dans les rues de Lisbonne pour dénoncer la politique du gouvernement. C'est essentiellement le nouveau système d'évaluation des professeurs – injuste, trop complexe et basé sur des critères purement économiques selon les syndicats enseignants – qui est dans le collimateur des manifestants. Déjà, le 8 mars, 100 000 professeurs avaient manifesté leur opposition à son entrée en vigueur. Du jamais vu au Portugal. Dans l'Expresso, le chroniqueur Daniel Oliveira prend leur défense : "Au lieu de préparer leurs cours, les professeurs perdent leur temps à se réunir et à remplir des grilles d'évaluation pour s'évaluer les uns aux autres dans un processus kafkaïen qui n'ajoutera pas une once de compétence au corps enseignant. Un mauvais système d'évaluation est pire que l'absence de toute évaluation : il consomme de l'énergie, il crée des injustices et alimente un mauvais climat dans les écoles." La manifestation a été le point culminant de semaines de lutte et de contestation nées au sein même des écoles. Ces mouvements de contestation de la base, nés en dehors des structures syndicales enseignantes, ont mis la pression sur les syndicats de professeurs qui avaient accepté, sous la pression gouvernementale, de ne pas poursuivre leur action en mars dernier.

Ces trois dernières années, le gouvernement de José Sócrates (PS), et la ministre de l'Education, Maria de Lurdes Rodrigues – surnommée "sinistre ministre" –, ont lancé plusieurs offensives contre l'école publique. Cela s'est traduit par de nombreuses fermetures d'établissements (accentuant la désertification de l'intérieur et du nord du pays), la réduction du nombre d'enseignants, la mise en cause de la participation des enseignants aux instances dirigeantes des établissements ou encore la remise en question de l'enseignement artistique et sportif – devenus facultatifs dans le primaire. Les syndicats craignent, entre autres, la disparition des concours de recrutement à caractère national, la fin du droit à la négociation collective, et plus généralement un désengagement progressif de l'Etat du secteur éducatif pour le transférer aux municipalités et ouvrir ainsi la porte à une future privatisation de l'enseignement.

La presse portugaise brocarde le caractère complexe du système d'évaluation et reproche surtout à l'équipe Sócrates son manque de dialogue social. Le politologue André Freire s'en inquiète dans les pages de Público : "Seuls des myopes peuvent attribuer des manifestations d'une telle ampleur à une manipulation des syndicats. On a surtout assisté à plusieurs tentatives d'intimidations de syndicalistes par la police. On constate aussi une énorme crispation entre un 'gouvernement illuminé' et les nombreux fonctionnaires sur le terrain (recteurs, professeurs, etc.), avec lesquels il n'arrive pas à s'entendre et qu'il n'hésite pas à provoquer de façon récurrente. Dans une démocratie, les libertés politiques (syndicales comprises) ne doivent pas être respectées uniquement sur le plan formel, mais elles doivent l'être également au niveau des pratiques [du pouvoir]."
Daniel Matias
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