Les 22 articles
Pendant le XX e siècle, les socialistes ont élaboré à quatre reprises (1905, 1946, 1969, 1990) une "déclaration de principes", sorte de vade-mecum idéologique qui trace les grandes perspectives pour les années à venir. Voici la première du XXIe siècle. Avec ses 22 articles, plagiat formel inconscient(?)de Lénine et ses 21 conditions, le PS nous refait le Congrès de Tours à l’envers, 88 ans après.
Au menu, ni brouet spartiate clair et léger qui prépare la pensée et le corps au combat, ni tourin rouge et savoureux qui apaise après la gueule de bois, ni soupe cuisine traditionnelle qui nourrit, ni potage nouvelle cuisine qui titille les papilles, il n’y a qu’un plat lyophilisé, tiède et fade pour faire avaler une potion amère : le triomphe de l’économie de marché, c’est à dire du capitalisme.
Fini les références révolutionnaires, vive "l'économie de marché régulée" dans ses marges par un "parti réformiste" qui défend le "socialisme démocratique". Ce menu de régime type Bad godesberg, ravira ceux qui aiment les repas sans viande. Pas étonnant qu'Il m’ait laissé sur ma faim.
L’amuse-gueule du “Préambule” revendique le souvenir de 1848, de la Commune, l'héritage de la République et de son œuvre démocratique, des grandes conquêtes sociales du Front populaire, de la Libération, de mai 1981 et des gouvernements de gauche qui se sont succédé”. Mais ni souvenir ou héritage de 1789 et surtout pas de 1793. Trop sanglants ?
Le hors d’œuvre, “Nos finalités fondamentales”, nettement passe-partout consensuel, articulé autour des valeurs de la République, revisitées dans une hiérarchie "progressiste". Une histoire de gauche complètement intégrée à celle des cinq républiques françaises avec pour faire moderne une pincée d’écologie :
"L'égalité est au cœur de notre idéal. Cette quête n'a de sens que par et pour les libertés. Egalité et liberté sont indissociables. Aux injustices et aux violences du monde, l'idée socialiste oppose un engagement pour une humanité libre, juste, solidaire et respectueuse de la nature."
( article 2)
Le plat principal, “Nos objectifs pour le XXIe siècle”, est un modèle d’analyse critique faible et d’action tiède qui ne mangent pas de pain :
"Être socialiste, c'est ne pas se satisfaire du monde tel qu'il est. L'idée socialiste relève, à la fois, d'une révolte contre les injustices et de l'espérance pour une vie meilleure. Le but de l'action socialiste est l'émancipation complète de la personne humaine et la sauvegarde de la planète."(article 1)
La fraternité disparaît donc au profit d'une humanité universelle.
Personne et planète: binôme indispensable de toute plate-forme de pensées contemporaines. Quant à la contradiction initiale du capitalisme, son analyse se résume à :
"Les socialistes portent une critique historique du capitalisme, créateur d'inégalités, porteur d'irrationalité, facteur de crises, qui demeure d'actualité à l'âge d'une mondialisation dominée par le capitalisme financier."(article 6), et son dépassement à :
“C’est une société nouvelle, qui dépasse les contradictions du capitalisme, faisant toute sa place au secteur non-marchand que les socialistes veulent bâtir.”(article 7)
"Les socialistes refusent une société duale où certains tireraient leurs revenus de l'emploi et d'autres seraient enfermés dans l'assistance."( article 7)
“la régulation est également un des rôles majeurs de l’État, pour concilier l’économie de marché, la démocratie et la cohésion sociale.”(article 8)
Le capitalisme financier n’a qu’à bien se tenir.
On comprend pourquoi, en dehors des périodes électorales, le PS est physiquement absent des luttes des sans-papiers, des chômeurs, des ouvriers, des fonctionnaires, des retraités, des enseignants et lycéens.
Le dessert “ Notre parti socialiste” est mou et douçâtre :
"Le Parti socialiste est un parti réformiste. Il porte un projet de transformation sociale radicale. Il sait que celle-ci ne se décrète pas, qu'elle résulte d'une volonté collective forte assumée dans le temps, prenant en compte l'idéal, les réalités et l'histoire."(art 13)
Réformiste donc, mais aussi et dans l'ordre parti "républicain"(art 11), "laïque"(art 13), “féministe” (art 14)"décentralisateur"( art15), "européen" (art 18), "internationaliste"(art19), "populaire" (art 20), "démocratique" (art 21), de gentlis vœux pieux pour rassembler le plus grand nombre et le dernier : se réclamer vaguement"des cultures de la gauche"(article 22) pour faire plaisir à quelques-autres. Bref, le retour au vieux radicalisme du XXe siècle et à ce qui tient de nouvelle religion politique : “le pragmatisme”, jetant par-dessus bord la pensée forte gramscienne que la droite et l’extrême-droite ont reprise à leur compte : “ la victoire idéologique précède la victoire politique”.
La défaite de Jospin et celle toute récente du PD italien serviront-elles d’électro-choc au PS ? Je ne le crois pas quand il réduit son rôle à la seule petite cuisine électorale et que pour la réussir, il se débarrasse de ce qui fait un véritable parti de gauche : la chair marxiste .
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